Sceaux d’approbation vidéoludiques, édition 2016

2016, drôle d’année qui a marqué beaucoup de changements dans le monde du jeu vidéo : le début des consoles demi-génération, la sortie d’arlésiennes en développement depuis les années 2000, des mises à jour modifiant et enrichissant de plus en plus les jeux, les prix sacrifiés de plus en plus tôt, la poursuite de la dématérialisation du média… Tout ceci permet de sortir les jeux plus vite, plus tôt, plus souvent et plus longtemps : si ça marche, on continue le développement, si ça ne marche pas, on arrête les frais. Le jeu vidéo est désormais une affaire de papas et de gestionnaires.

Le slogan de 2016 ? « User engagement », alias la fidélisation : motiver par la satisfaction des clients leur propension à acheter à nouveau en dépit des facteurs situationnels. En bref, si le joueur est content, il n’ira pas voir ailleurs même si c’est mieux ailleurs. C’est le meilleur moyen de se sortir de l’actuelle course à la surenchère, dont les coûts commencent à sérieusement peser sur l’avenir de l’industrie. Une affaire de gestionnaires je vous dis. Dans la pratique, ça devrait donner des jeux moins ambitieux, mais mieux maîtrisés.

Pour ma pomme, 2016 c’était 32 jeux commencés, 19 terminés, et 52 achetés alias 350-balles-de-jeux-auxquels-je-n’ai-pas-encore-touché. C’est moins de jeux qu’en 2015, mais vous comprendrez pourquoi quelques lignes plus bas. D’ailleurs, c’est parti pour ma sélection avec trois catégories et trois nommés par catégorie, comme chaque année !

Les jeux les plus marquants

Ceci n’est pas un montage : les temps de chargement sont parfois de vilains trolls.

En 2016, j’ai passé 200 heures à parcourir les recoins d’un New York froid et dévasté par un attentat biologique. 200 heures, c’est 4,7% de mon temps éveillé en 2016. Si on m’avait dit qu’un jeu de tir mangerait à ce point mon temps libre… Mélangez un excellent système de tir à couvert avec les mécaniques de progression d’un jeu de rôle en ligne, et paf, le mélange fonctionne hyper bien. Le jeu a connu un gros coup de mou l’été suivant sa sortie, mais Massive et Ubisoft ont pris le temps et les moyens de tout remettre au propre courant octobre, mea culpa qu’on ne peut que saluer.

Jamais un jeu vidéo ne m’a rendu aussi triste pour les bonnes raisons. D’une part je ne m’arrange pas avec l’âge, mais d’autre part Soldats Inconnus est tout sauf un tire-larmes facile. On s’attache à ces personnages, arrachés de leur quotidien paisible par l’horreur de la Grande Guerre, et pourtant on sait dès le départ que tous ne survivront pas au voyage… Son histoire touchante fonctionne aussi de par son interactivité, avec des puzzles sympathiques assez simples pour qu’on enchaîne les scènes et suffisamment variés pour qu’on ne s’ennuie jamais.

Adam Passion cacher des corps n’importe comment

En bon consoleux, j’ai découvert Deus Ex en 2011 avec le reboot / prequel Human Revolution, un des rares jeux abordant avec intelligence des problématiques de société. L’attente était forte -5 ans, c’est long- pour Mankind Divided, et si son scénario laisse à désirer et que l’évolution des compétences d’Adam Jensen est trop calquée sur celle du jeu précédent, force est de reconnaître que c’est peut-être le meilleur monde ouvert auquel j’ai joué. Les missions secondaires sont toutes intéressantes, chaque lieu, chaque personne qu’on croise est lié au reste de l’univers du jeu, on y croit et c’est assez fou.

En tapant cet article, j’ai retrouvé mes captures d’écran d’Uncharted 4. Et à peine 6 mois après l’avoir fait, j’ai déjà oublié toutes les scènes dont j’ai fait des captures d’écran. Autant vous dire que niveau « jeu le plus marquant », c’est loupé. PAR CONTRE, la superbe scène de poursuite à Madagascar brouille parfaitement la frontière entre phases de contrôle et scènes scriptées. La dernière fois que j’ai vu un jeu relever le niveau à ce point, c’était God of War III, et j’ai hâte de voir comment d’autres studios prestigieux vont s’approprier ce genre d’idée.

Les bonnes surprises

Image entièrement réalisée avec le chouette mode photo du jeu

Mad Max fait partie de ces jeux de transition, commencé un peu à l’arrache en décembre 2015 et fini début 2016. Le jeu en monde ouvert mélangeant action à la Batman et poursuites à la Burnout n’invente rien de fou, n’est pas hyper mémorable et souffre de la comparaison avec le film sorti la même année, mais c’est un peu la nouvelle Ombre du Mordor pour moi. Un gameplay terriblement efficace, un univers aux petits oignons, et quelques bugs rigolos. Rouler à fond de balle à la recherche d’un abri de fortune sous une tempête d’éclairs, ça n’a pas de prix.

J’avais joué à une démo de The Last of Us sur PS3, et son introduction -qui a déjà très mal vieilli- ne m’avait pas convaincu. Suivant le conseil de gens de confiance, j’ai fini par retenter le coup sur PS4. Et… dans ses moments les plus scriptés, The Last of Us n’est pas un très bon jeu vidéo : ses phases d’infiltration sont ratées et ses phases d’action mollassonnes. Heureusement, il y a ces moments où le jeu lâche la bride et nous laisse explorer les restes d’un monde plus dévasté par l’Homme que par l’Apocalypse elle-même. Ces phases d’exploration urbaine et de découverte sans objectif précis sont de vrais moments mémorables où The Last of Us brille par son écriture et son sens du détail.

Shovel Knight -l’épisode originel bientôt renommé Shovel of Hope- figurait déjà dans mon top de 2014. Deux ans plus tard et suivant son programme de contenus gratuits financés par sa campagne Kickstarter, le jeu a enfin accueilli une nouvelle campagne centrée sur un des boss du jeu. Plus qu’un rhabillage des niveaux, on a droit à une adaptation de certaines séquences, de nouveaux bosses, mais surtout des mouvements refaits de A à Z apportant une vraie fraîcheur au jeu. Et c’est gratuit si vous achetez le jeu de base avant le prochain printemps !

Les jeux à côté desquels vous êtes certainement passés et c’est bien dommage

Infinifactory est une simulation de chaîne de montage… Mais pas que, car il fait partie de ces jeux qui vous rendront plus intelligents. Niveau après niveau, le jeu distille avec génie ses idées loufoques et nous guide sans qu’on s’en rende compte. Chaque fois qu’on pense avoir LA solution universelle, un nouvel obstacle apparaît pour nous forcer à penser autrement. Et ce n’est jamais frustrant car l’essai/échec est extrêmement simple et rapide, et parce que la vraie solution est toujours là, à portée de main, juste 5 minutes de plus et oups il est 2h du matin.

Il aura fallu 12 années de développement à un argentin fan de Metroid pour développer seul un remake complet de l’épisode Game Boy, et 12 heures à Nintendo pour balayer ce travail d’un revers d’avocat. C’est dommage, car Another Metroid 2 Remake remplit très efficacement le vide laissé par l’absence d’épisode canonique depuis 2010. Le défi -moderniser façon Zero Mission le jeu le plus désuet de la série- était de taille, et non content de recréer parfaitement la physique et les mouvements des épisodes Game Boy Advance, le jeu apporte quelques idées originales plutôt bien pensées. A faire absolument pour les fans de la série.

Grow Home, sorti de nulle part, était une belle surprise de 2015. Un an plus tard, Ubisoft récidive avec une suite qui marque tous les bons points de ce qu’une suite devrait proposer. Plus grand, plus riche, plus fluide, plus beau et moins frustrant, c’est une nouvelle bouffée d’air frais, c’est l’aventuuure. Comment ne pas aimer un jeu qui vous donne comme mission principale : « Retrouvez mes autres zirgouflex. Vous avez toute ma pastèque. » ?

Bref, 2016 a été une très, très belle année pour le jeu vidéo. Le plus chouette, c’est qu’il me reste à découvrir une grande partie de sa cuvée : The Witness, Oxenfree, The Last Guardian, Hyper Light Drifter, Salt & Sanctuary, Firewatch, Rise of the Tomb Raider, Dark Souls III, Final Fantasy XV… De quoi démarrer 2017 plus que confortablement !

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