The Witness – Témoin d’un jour nouveau

Article écrit avec la bande originale d’Inception en fond sonore… car The Witness ne contient officiellement pas de musiques et que le film est plus lié au jeu que vous ne pourriez le croire.

The Witness a été créé pour moi.

J’ai un aveu à vous faire : la ludothèque de mes jeunes années est très pauvre en jeux de réflexion. Règles arbitraires, solutions cryptiques, déplacements lents, anglais d’Oxford souvent requis… autant de barrières à l’entrée pour le jeune moi aux point and click, jeux d’aventure et autres simulateurs de donjons. Mais il y a une chose du genre que j’ai toujours adoré : les labyrinthes. Parmi mes expéditions dans les rayons jeux vidéo qui se dressaient sur ma route (ou pendant que mes parents faisaient les courses, selon votre interprétation), je garde un souvenir curieusement précis de la boîte de Myst. Imaginez : une île entière, en 3D, dont on découvrirait les moindres recoins, les mystères, les passages secrets… bref, comme un labyrinthe mais en beaucoup plus riche. Faute de PC à l’époque, je n’ai jamais joué à Myst, et j’ai fini par redécouvrir le genre bien plus tard avec le professeur Layton (aussi appelé « le jeu DS de ta mère entre deux sudokus de Kawashima »).

Par contre, les jeux de plate-forme, j’en ai fait quelques poignées. Alors quand en 2009, le jeu de plates-formes et de réflexion Braid sort enfin sur PC, je créé un compte Steam et la critique avait raison : c’est une très, très élégante claque de game design, je vous en ferai l’éloge dans un billet dédié. Trois ans plus tard, le documentaire Indie Game: The Movie m’apprend que Jonathan Blow, le créateur de Braid, travaille sur son prochain jeu : The Witness, inspiré… de Myst.

Quand The Witness sort enfin en 2016, le prix élevé du jeu repousse mon achat de quelques mois, car n’ayant que Braid comme point de comparaison je crains une expérience un peu courte pour le tarif. Bref, c’est seulement en juin 2017 que je lance The Witness. Deuxième baffe, celle de la confirmation : Jonathan Blow est un extraordinaire level et puzzle designer. Sans aucun mot, les premières minutes de jeu nous apprennent les bases : pour découvrir de nouvelles zones de l’île, on va activer des panneaux en y dessinant une ligne continue devant respecter certaines règles. Et pour moi, le génie de The Witness réside dans cette simple entorse aux jeux vidéo : les règles du jeu ne nous sont pas expliquées.

On nous extirpe ainsi du rôle classique de joueur et nous amène un niveau de réflexion plus haut, nous poussant à la recherche de la logique du jeu plutôt qu’à celle de la solution de chaque puzzle. C’est la compréhension du design des énigmes qui va nous apprendre progressivement à jouer à The Witness. Ça en fait un jeu rempli de petites épiphanies, ces moments de découverte où nos neurones s’alignent avec exactement la bonne combinaison. Cet exercice cérébral donne l’impression d’être plus intelligent… et aussi d’être un peu entré dans la matrice, car même une fois sorti de The Witness, on commence à voir des lignes à tracer un peu partout.

Pour finir, je ne peux que vous recommander ce documentaire / interview fleuve de Jonathan Blow sur la chaine Noclip (attention, ça spoile sévère).