Générations et Marketing dans l’Histoire des Jeux Vidéo (4/13)

Au Japon, un million de Famicom ont déjà trouvé preneur entre juillet 1983 et 1984, et les ventes ne cessent d’augmenter. Les distributeurs réclament donc plus de jeux pour combler une demande en pleine explosion. Mais Nintendo a une autre préoccupation : la qualité de sa console et de ses jeux. Après avoir renforcé la confiance du public en rappelant toute console défectueuse, opération coûteuse mais efficace en termes d’image, Yamauchi ne veut pas reproduire l’erreur d’Atari en laissant aux éditeurs tiers la possibilité de développer des titres de mauvaise qualité. Nintendo met donc en place une politique de contrôle très stricte : un éditeur tiers doit disposer d’un accord de licence pour publier des jeux sur Famicom, avec l’interdiction de créer des titres violents ou à caractère sexuel, tandis que Nintendo se réserve un droit de regard et de veto absolu.

Fig. C : la chaîne de production d’un jeu vidéo au milieu des années 80

Dans un premier temps, seules six entreprises se voient accorder une licence d’exploitation, acceptant les conditions ci-dessus et reversant à Nintendo 20% de leur chiffre d’affaires. Car Nintendo a protégé la Famicom grâce à une puce de sécurité que lui seul peut produire, et dont la présence est requise sur chaque cartouche pour que le jeu fonctionne. Le constructeur ne se contente pas de fabriquer les consoles : il produit également les cartouches qu’il facture aux éditeurs-tiers et décide des quantités produites. Cette mainmise de Nintendo lui permet d’assurer la qualité de ses jeux, et très rapidement le constructeur et ses éditeurs tiers voient leur chiffre d’affaires et leur rentabilité grimper en flèche. Ce schéma de soumission des jeux au constructeur pour un contrôle qualité se répètera par la suite chez tous les grands constructeurs (voir fig. C ci-contre).

Miyamoto termine alors son premier jeu Famicom : Super Mario Bros, marquant le retour du plombier italien, et qui sera lancé en septembre 1985. Le jeu devient très rapidement le system seller1 de la console de salon. Son succès est incontestable : avec 2,5 millions d’exemplaires vendus au Japon en quatre mois, il restera jusqu’en 2006 le jeu le plus vendu de tous les temps. En conséquence, les ventes de Famicom décollent, et dès 1986 Nintendo possède 95% de parts de marché du jeu vidéo au Japon. Pendant que Miyamoto complète son nouveau projet The Legend of Zelda, Arakawa prépare l’arrivée de la Famicom de l’autre côté du Pacifique.

En 1984, le président de Nintendo of America (NOA) réalise l’ampleur de la crise de l’année précédente : plus personne ne veut investir dans les consoles de salon aux Etats-Unis. Toutefois, son supérieur Yamauchi lui fait remarquer que les joueurs qui se sont déplacés vers le marché des ordinateurs personnels (PC) sont principalement de jeunes adultes : le marché des huit à quatorze ans, cœur de cible de Nintendo au Japon, est encore actif et demandeur de nouveautés. Arakawa et son équipe, devant le refus de vente catégorique des magasins de jouets, décident alors de vendre le Famicom chez les revendeurs de matériel électronique.

En conséquence, la Famicom est relookée pour ressembler davantage à un magnétoscope, et rebaptisé Nintendo Entertainment System, ou NES. Pour se vendre auprès des enfants, Nintendo communique sur la qualité des jeux et sur les accessoires compatibles avec la console : pistolet-laser, robot… Après un premier test d’un an sur la région de New York, le lancement national de la NES se fait à grand renfort de publicités : 25 millions de dollars sont dépensés en communication.

Résultat en 1986 : un million de NES vendues aux Etats-Unis pendant que la console est lancée en Europe. Le système de licences d’exploitation en vigueur au Japon est repris aux Etats-Unis et en Europe pour étendre le catalogue de la console. Deux ans plus tard, Nintendo réalise un chiffre d’affaires mondial d’un milliard de dollars avec 33 millions de cartouches vendues. En 1992, ce milliard de dollars n’est plus le chiffre d’affaires mais le bénéfice de Nintendo, devenue l’entreprise la plus profitable du Japon et détenant le quasi-monopole du marché des consoles de salon (90% de parts de marché au niveau mondial).

Le profit du jeu vidéo dépasse celui d’Hollywood pour la seconde fois, tandis que le géant nippon bat à nouveau les records de vente avec Super Mario Bros 3, vendu à 15 millions d’exemplaires dans le monde. Plus de 500 jeux créés par plus de 100 licenciés Nintendo sont disponibles sur Famicom. Ses produits sont disponibles dans les boutiques de jeux et jouets (30% du volume), les magasins à grande surface (40%) et les grands magasins (10%), toujours sous contrôle de Nintendo, qui n’hésite pas à faire retirer des linéaires un titre peu vendeur.

En 1989, Nintendo connaît un autre succès avec le lancement du Game Boy au Japon et aux Etats-Unis (1990 en Europe). Cette console est une Famicom portable de la taille d’un baladeur audio et disposant d’un écran noir et blanc intégré. Nintendo, ayant quelques années plus tôt sorti de petits jeux électroniques (les Game & Watch), souhaite imposer sa « Famicom à emporter » en y adaptant ses titres les plus populaires.

Contre toute attente, le premier grand succès du Game Boy est Tetris, un jeu de réflexion et de réflexes développé dix ans plus tôt par l’ingénieur russe Alexey Pajitnov pour PC. On y empile des formes géométriques de bas en haut, essayant de compléter des lignes pour les faire disparaître et empêcher que l’empilement atteigne le haut de l’écran. Ce jeu très simple à comprendre mais difficile à maîtriser attire un public très large et devient le fer de lance du Game Boy.

Selon une étude commandée par Nintendo, Mario est alors aussi populaire chez les moins de dix ans que Mickey Mouse et Bugs Bunny. Dessins animés, vêtements, cinéma, boîtes de céréales, Mario est partout. Toutefois, les envies de ce public cher à Nintendo que sont les jeunes de huit à quatorze ans évoluent vite, et la concurrence va bientôt surgir de là où Nintendo ne l’attend pas…

Notes et Références :

  1. Lorsqu’un jeu a tellement de succès qu’il devient la première raison d’achat d’une console, on le qualifie de system seller : le public achète la console pour ce jeu, et non l’inverse.

Casse-tête japonais

Aujourd’hui, culture et raffinement :

Les fameuses toilettes japonaises.
Je n’en ai rencontré que rarement, le modèle privilégié semblant être celui que nos postérieurs connaissent tous, à la différence près qu’on y trouve quarante options tels que :

  • la cuvette chauffante,
  • le désodorisant,
  • le jet d’eau, pour assurer vos arrières ou bien pour ces demoiselles,
  • le séchage,
  • le dock mp3 (véridique),

j’en passe et des meilleures. Je suis à peu près certain d’avoir entendu des toilettes me remercier, une fois.L’attention portée par les japonais à la propreté se poursuit donc jusque dans les cabinets.

Mais voilà que dans un musée de Kyoto, je tombe sur ce modèle, le bien-nommé toilette japonais.
Mais que déduisez-vous de l’image ci-contre ?
Okay, deux marques pour les pieds, mais dans quel sens ?
A quelle barre se tenir ?
Je vous passerai volontiers les autres détails.

Tout cela pour dire que pour moi ces toilettes sont un véritable casse-tête. Que je n’ai su résoudre, vu que j’ai pu trouver une autre cabine plus « classique ».
Et c’est dans des moments tels que celui-ci qu’on se rend compte de nos habitudes les plus basiques.
Ce post est certifié sans gag vulgaire sur les flatulences, ce qui n’a pas été chose aisée.

Traductions à la Pelle (VIII)

(suite de ceci, et à suivre par là)

Au Japon, on ne rigole pas avec la sécurité : même les caméras de surveillance sont sous surveillance.

Shinkansen

J’ai pris le shinkansen aujourd’hui, pour la première fois de ma vie. Le shinkansen, c’est l’équivalent du TGV chez nos amis nippons, tout aussi chauvins que nous par rapport à leur belle technologie en matière de transports.
En anglais, le shinkansen se nomme « Bullet Train », alias le train qui va aussi vite qu’une balle de revolver. Et ça, c’est plutôt rapide. Plus de 300km/h, relie Tokyo et Kyoto bien plus
rapidement que par n’importe quel autre moyen de transport, autant dire que la Route de Kyoto du temps des samouraïs, c’est un peu surfait.Deux grandes différences subsistent cependant entre les modèles français et nippons, en dehors des aspects purement techniques :

  • le shinkansen n’est jamais en retard, et pour cause : il ne s’arrête pas plus de 3 minutes à chaque gare, autant dire qu’il faut sauter dans le train illico presto, sous peine d’atteindre le suivant une heure plus tard.
  • le design intérieur, Waow. C’est tellement bien pensé. Il y a de la place pour tout le monde, on pourrait installer Michael Moore sur ces sièges sans débordement (oui j’assume mon mauvais goût). Alors que déjà dans notre TGV national, c’est pas évident de bouger lorsqu’on est assis à côté d’une personne… en… surpoids dirons nous. En gros, la seconde classe nippone, c’est notre première classe à nous.

Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est un détail auquel nous, français, n’aurions JAMAIS pensé : les sièges peuvent tourner. Je m’explique : les banquettes sont constituées de 3 sièges, et il y a assez de place entre 2 banquettes (l’une devant l’autre) pour en tourner une à 180°, et, magie du spectacle, on se retrouve avec deux banquettes face-à-face. Ce qui permet à une famille classique de passer le voyage réellement ensemble, comme s’ils étaient autour d’une table ! Et ça fonctionne également dans l’autre sens : combien de fois avez-vous rêvé de ce genre de choses dans le TGV, lorsque vous aviez un môme de 3 ans essuyant sa morve sur vos genoux durant tout le trajet Paris-Marseille ?

Parfaite illustration du talent des japonais pour le design, le gain de place et la praticité… Un peu comme le Jankenpon, dont on parlera demain.

Les Japonaises portent des jupes (très) courtes

Le post qui suit est une simple observation, et n’est pas à prendre comme une offense à titre personnel ou culturel. Maintenant que c’est dit, je peux me lancer.Cela fait bientôt quatre mois je suis au Japon, et je ne vous ai pas encore parlé des jupes japonaises. Pourtant j’aurais de quoi écrire un essai sur le sujet. Socialement et culturellement parlant, bien entendu.

Les japonaises portent donc des jupes très courtes. A la limite des fesses (et dans quelques rares cas, au-delà, mais c’est beaucoup moins sexy en images que par écrit). Pourquoi ? Le Japon est pourtant un pays qui est notoire pour sa pudeur, non ? Tentative d’explication, short version (oh le beau calembour par inadvertance).

  1. Les garçons japonais sont timides. En France, on dirait limite asociables. Timides au point qu’ils ne parlent pas, ou peu, en société. Alors aborder une fille, je vous laisse imaginer. Et puisque les hommes ne prennent pas les devants, ce sont ces demoiselles qui le font. Comment, vu que de toute façon il est difficile de faire parler ces messieurs ? En s’habillant de manière un peu plus aguicheuse, tout simplement. Attirer physiquement, c’est tout bête mais efficace depuis toujours.
  2. Les japonaises ont de belles jambes, donc elles les montrent le plus possible. Pendant ce temps-là, certains français(es) préfèrent miser sur la beauté intérieure, mais je dis ça je dis rien.
  3. Les japonaises ont peu de poitrine, et par conséquent ne peuvent se parer de profonds décolletés pour attirer le sexe opposé. Du coup elles attirent le regard sur leurs jambes, pas idiot.
  4. Il fait chaud, donc on s’habille plus légèrement. Ce qui n’explique cependant pas pourquoi les écolières portent des chaussettes si haut en plein mois de juin (à mi-cuisse).

Et pour ceux qui espéraient des photos, vous n’êtes qu’une bande de canaillous.

La meilleure météo du monde

Le matin, avant de partir, il est important de savoir s’il va faire très beau et très chaud, ou bien très pluvieux (mais très chaud quand même). En bref, il faut savoir si oui ou non on emporte un parapluie. Pourquoi ne pas toujours l’emporter, me direz-vous. Tout simplement parce qu’avec une chaleur aussi écrasante, un poids en plus est vingt fois plus désagréable. Et aussi parce qu’on a quand même l’air un peu idiot quand on a un parapluie à la main et qu’il fait super beau.
Etant par habitude méfiant envers les prévisions météorologiques, et m’étant fait surprendre deux ou trois fois par de fortes pluies, je ne tiens pas particulièrement à prendre plus d’une douche par jour.
Puis vint la révélation. Un matin fort ensoleillé, je sors, et croise une japonaise parapluie au bras. Bien sûr, je n’avais pas le mien. L’après-midi, je me prends une saucée. Mais c’est bien sûr ! Les japonais sont plus forts en météo que moi, vu que dans les jours qui ont suivi, chaque fois que j’ai croisé un nippon à parapluie, je pouvais être sûr qu’il allait pleuvoir.
Depuis, tous les matins, un coup d’oeil par la fenêtre pour noter si les passants portent un parapluie, et la décision est prise.Et pour rendre à ce post un minimum d’intérêt, un peu de différence culturelle : la plupart des parapluies nippons sont transparents, ce qui permet de voir le ciel même lorsqu’il pleut. Et ils rouillent.

Tous Onsen

Ce titre au calembour plus que douteux n’a pas reçu l’approbation du CSA.

Les Onsen (prononcez à peu près Aune-Seine), ce sont les bains publics japonais placés le plus souvent sur des sources naturelles d’eau chaude. Et on ne parle pas d’eau chaude comme la Méditerrannée en été, mais bel et bien d’eau à 40° Celsius.
A Odaiba, celui que nous avons pu tester avec quelques amis n’est cependant pas naturel. Mais pour compenser, ses créateurs ont décidé de lui donner un aspect Japon médiéval du plus bel effet.
Même si l’on n’y croit pas une seconde (entre autres à cause des boutiques omniprésentes vendant du Hello Kitty), ça donne une belle impression de ce qu’ont pu être les onsen au 18ème siècle…
Ce qui donne cette impression, c’est avant tout le fait que tout le monde y est habillé comme au Vieux Japon, et ça, c’est tout de même bien sympathique.
Et si sur les photos on ne voit pas de bains, c’est tout bêtement parce qu’on ne peut y prendre de photos, vu que tout le monde s’y balade entièrement nu. Et je vous rassure tout de suite, ce ne sont pas des bains mixtes, c’est déjà pas forcément évident de se relaxer à poil devant des inconnus, alors autant qu’ils soient du même sexe que vous (quoique j’ai eu des doutes sur certains individus fort efféminés et au système pileux torsal absent).
En tous cas, un bon onsen, c’est bien agréable.

PS : Vous aurez certainement remarqué une légère censure, à peine perceptible grâce aux moyens technologiques modernes dont nous disposons.