L’Heure du Départ

C’est la fin du voyage. Je ne m’épandrai point sur le côté nostalgie, restrospective, et tout ce qui va avec… je préfère balancer un gros morceau pour la fin, un bouquet final pour clore plus de 4 mois intenses.Un peu plus de 4 mois, à poster ici-même mes impressions et autres âneries, jour après jour, ce n’est pas rien. Cela me fait un carnet de bord un peu bazardesque soit, mais qui m’aidera à me remémorer certains moments passés quand je serai vieux (comprenez d’ici trois à quatre mois).

J’ai essayé de rendre ce séjour le moins ennuyeux possible pour mes lecteurs, et de mon côté… soyons francs je me suis bien éclaté. Quand je partirai ailleurs, je recommencerai tant que j’aurai de l’Internet dans mes circuits.

Et pour clore ce voyage, une vidéo qui a un effet « voir défiler des moments devant soi », je vous laisse regarder un montage un peu charcuté, mais c’est quand même un peu plus halal que la dernière vidéo :

Et en bonus, voici une pelletée de sujets auxquels vous avez échappé, n’y cherchez pas de sens particulier, ce ne sont que des titres :

Ceci est-il mon monde ? # Phone Strap # Banane ! # Trois Actes – Acte I, Scène I # Oups – Dessin d’une journée ratée # Coca Cola Bläk, adios # Grow a Mustache, Man! # Grippe A, Récupérer les bagages, No Jetlag # BD Cruelle – Celui qui Avait de Petites Jambes # Emulé pas Simulé # L’illusion du Mouvement # Sucré-Salé # Section 5 # Ad Nauseam # Les Japonais ne Marchent pas en Canard # P*tain de Moustique # Serrer la Couverture Contre Soi # Manger une Pilule Trouvée par Terre # Décalage Horaire # Nuée d’Eons # Supeesu Adubenchya # Ce que j’emporte # L’allemand sonne comme un écureuil crevant d’un cancer de la gorge # Brutasses # Quest for Nutella # Docteur Poivre # Je ne serai pas Celui qui # Courbes Parallèles # Le Guide Inconnu vous apparaît

Et comme tout n’a pas forcément de fin, je vous propose de retrouver le début de l’épopée japonaise de Traquenard à cette adresse, ce qui créé une boucle temporelle, concept puissant s’il en est.

Et sinon, on se retrouve demain pour parler de l’avenir du blog.

Shinkansen

J’ai pris le shinkansen aujourd’hui, pour la première fois de ma vie. Le shinkansen, c’est l’équivalent du TGV chez nos amis nippons, tout aussi chauvins que nous par rapport à leur belle technologie en matière de transports.
En anglais, le shinkansen se nomme « Bullet Train », alias le train qui va aussi vite qu’une balle de revolver. Et ça, c’est plutôt rapide. Plus de 300km/h, relie Tokyo et Kyoto bien plus
rapidement que par n’importe quel autre moyen de transport, autant dire que la Route de Kyoto du temps des samouraïs, c’est un peu surfait.Deux grandes différences subsistent cependant entre les modèles français et nippons, en dehors des aspects purement techniques :

  • le shinkansen n’est jamais en retard, et pour cause : il ne s’arrête pas plus de 3 minutes à chaque gare, autant dire qu’il faut sauter dans le train illico presto, sous peine d’atteindre le suivant une heure plus tard.
  • le design intérieur, Waow. C’est tellement bien pensé. Il y a de la place pour tout le monde, on pourrait installer Michael Moore sur ces sièges sans débordement (oui j’assume mon mauvais goût). Alors que déjà dans notre TGV national, c’est pas évident de bouger lorsqu’on est assis à côté d’une personne… en… surpoids dirons nous. En gros, la seconde classe nippone, c’est notre première classe à nous.

Mais ce qui m’a le plus frappé, c’est un détail auquel nous, français, n’aurions JAMAIS pensé : les sièges peuvent tourner. Je m’explique : les banquettes sont constituées de 3 sièges, et il y a assez de place entre 2 banquettes (l’une devant l’autre) pour en tourner une à 180°, et, magie du spectacle, on se retrouve avec deux banquettes face-à-face. Ce qui permet à une famille classique de passer le voyage réellement ensemble, comme s’ils étaient autour d’une table ! Et ça fonctionne également dans l’autre sens : combien de fois avez-vous rêvé de ce genre de choses dans le TGV, lorsque vous aviez un môme de 3 ans essuyant sa morve sur vos genoux durant tout le trajet Paris-Marseille ?

Parfaite illustration du talent des japonais pour le design, le gain de place et la praticité… Un peu comme le Jankenpon, dont on parlera demain.

Narita Haïku

Pieds nus dans le train,
de relaxation hâtive,
les personnes profitent.(Japon Pompon in Jésus Christ sonne toujours deux fois, 2003, Baudelaire)

Petit guide du Train japonais à l’usage des Néophytes

Aujourd’hui, nous allons voir ensemble quelques règles à respecter lorsque vous êtes dans un train à Tokyo. Rappelons tout d’abord que nous nommerons ici train ce qui s’apparente en réalité à l’ensemble métro-RER-Transilien parisiens, c’est-à-dire le moyen de transport le plus sollicité de la région. Et qu’à titre de comparaison, Tokyo c’est trois fois la population de Paris pour la même surface habitable. Les jeux sont faits :1 – Trouver le bon quai
Parce qu’il y a 4 à 10 quais par gare, et qu’ils sont parfois espacés de 200 mètres, il est important de savoir où l’on souhaite se rendre. Pour cela, pas de secret, apprenez par coeur le kanji (idéogramme japonais) représentant votre point de chute, ou trouvez un plan en anglais. Le must étant de se payer un interprète ou un GPS.
Bonus : Ne faites pas l’erreur d’acheter un GPS au Japon, il serait en japonais, et vous seriez gros jean comme devant.

2 – Respecter la file d’attente
Ce principe est applicable ailleurs que dans les gares, souvenez-vous en. Le but est de laisser la place aux personnes sortant du train pour que ces gens évacuent les lieux rapidement, pour que d’autres -dont vous- entrent dans le train le plus efficacement possible.
Bonus : Ne laissez pas votre place aux petites vieilles, parce qu’elles sont très nombreuses, et puis de toute façon vu l’espérance de vie colossale des japonais vous mourrez surement après elles.

3 – Attention à la sonnerie
Si vous entendez cette sonnerie alors que vous êtes en dehors du train, abandonnez ici tout espoir. Même si vous êtes dans la file d’attente. L’heure, c’est l’heure. Et forcer l’entrée du train est passible de trois décapitations, on ne rigole pas.
Bonus : Cela fonctionne aussi pour les feux rouges. Mais à l’envers : une petite musique se joue pendant que le feu est vert.

4 – Entrer dans le train
Pas de secret, il faut pousser pour que tout le monde rentre. La loi japonaise prévoit qu’on puisse disposer environ 7,4 personnes par mètre carré de wagon. Allez le plus loin possible, de toute façon vous y serez poussé, de gré ou de force comme on dit.
Bonus : Si vous êtes fatigué, laissez-vous simplement porter par la marée humaine. Toutefois, attention à la marche, et à vos pieds.

5 – Surveiller ses bagages
Pas pour des questions de sécurité : gardez vos bagages contre vous pour qu’ils ne soient pas piétinés ou entraînés loin de vous, sauf si vous tenez à vivre votre premier écartèlement. Faites doublement attention lorsque votre sac est en bandoulière, car quand un flux sortant de personnes tire votre sac vers la sortie sans vous, ça fait mal.

6 – Attention à la fermeture des portes
Car c’est le moment où vous serez le plus écrasé par les autres voyageurs.
Bonus : C’est aussi le meilleur -à vrai dire le seul- moment pour trouver une position stable et confortable, car après la fermeture des portes, vous ne pourrez plus bouger d’un pouce jusqu’à la prochaine station.

7 – Pendant le trajet
Le train devant bouger pour avancer, ça peut secouer un peu. Imaginez 300 personnes sur une patinoire pendant un tremblement de terre : et bien le train japonais c’est beaucoup moins traumatisant que ça, rassurez-vous.
Point vital : N’essayez pas de lutter ou de rester stable si vous êtes au beau milieu de la foule : vous ne pouvez PAS supporter le poids d’une dizaine de personnes, et vous allez fatiguer vos muscles pour rien. Vous pourriez même vous blesser. Sérieusement. Laissez-vous porter, simplement, et à votre grande surprise vous verrez que vous ne tomberez pas.

8 – A une station
Si vous ne descendez pas ici, deux options possibles:
a. Vous êtes près des portes : Descendez, et attendez juste à côté des portes que tout le monde soit descendu, puis remontez. N’oubliez pas de remonter, ce serait idiot.
b. Vous êtes autre part : Accrochez-vous, la marée humaine va vous secouer et vous bousculer dans tous les sens. Imaginez-vous en train de boire un café en plein milieu d’un départ d’un marathon.
Si la lutte devient trop ardue, abandonnez et descendez.

8bis – Entre deux stations
Ne vous endormez pas, vous pourriez vous réveiller quatre stations trop loin et perdre ainsi une heure que vous auriez pu passer à dormir tranquillement dans votre appartement.

9 – A votre station
Descendez RAPIDEMENT, surtout si vous êtes près des portes. Voyez cela comme le coup de départ d’un 100 mètres, mais avec une centaine de participants derrière vous. Une amie a failli perdre une jambe à cause d’un mauvais départ. Vraiment.

Voilà, ce guide est toutefois loin d’être exhaustif et sera probablement complété d’anecdotes par la suite. Tous les faits rapportés ici sont réels, à l’exception près de la loi citée plus haut, car je m’y connais à peu près autant en loi nippone qu’en escrime andalouse.

Smart & Speedy, vos nouveaux amis

Non, ce ne sont pas les nouveaux héros d’une série japoniaise avec des guerriers surpuissants qui se tapent sur la tronche à grands coups de pouvoirs magiques. C’est ce qu’on pourrait appeler la logique japonaise. Je m’explique un peu : tout, au Japon, semble répondre à cette règle de « Smart & Speedy ».

Un peu de contexte pour commencer. Vous voulez prendre le train pour Tokyo. Non, pas depuis Paris, allez de ce pas réviser votre géographie si vous croyiez que c’était possible. Donc vous voulez prendre le train. D’abord, vous allez à la station. A l’entrée de la station, des flèches jonchent le sol (des autocollants, pas des flèches tirées à l’arc, les guerres féodales sont finies depuis aussi longtemps que l’ère féodale), vous indiquant par où aller pour prendre le train, ou encore de quel côté monter les escaliers. Ca fait gagner du temps, et ça évite les bousculades.
Vous sortez votre carte d’abonnement, votre ticket ou votre téléphone pour passer la barrière d’entrée aux quais, comme dans le métro parisien. Oui, on peut utiliser son téléphone pour ça aussi, j’y reviens après. Vous suivez les flèches et les numéros correspondant à votre train.
Sur le quai, des autocollants montrent où seront positionnées les portes du train, ainsi que le numéro de la rame (utile si le train est court, par exemple avec un quai de 15 rames et un train de 10 rames, il faut savoir où on pourra prendre le train). Les gens attendent, en file indienne (enfin, japonaise, mais vous aurez compris le principe), sur les deux côtés de ces autocollants. Parce que les autocollants font exactement la taille des portes.
Le train arrive, les gens descendent de façon fluide, car les gens attendant de monter sont placés sur les côtés des portes. Les gens montent dans le train. Une musique retentit pendant 10 secondes, signalant le départ imminent du train. Une fois que la musique est finie, c’est foutu, vous avez loupé votre train, et n’essayez pas de vous y engouffrer, vous feriez perdre du temps à tout le monde, petit égoïste.
Dans la rame, il y a des bancs, sur lesquels sont assis des gens, sans prendre d’espace inutile. Les rampes sont positionnées intelligemment pour prendre le minimum d’espace. Un écran LCD situé au-dessus des portes indique la prochaine station, le sens de circulation du train, les informations importantes, et un autre écran juste à côté affiche des pubs. Affiches omniprésentes, par ailleurs.
Arrivée à la station. Vous descendez avec le troupeau, prenez le premier escalator, passez les barrières de sortie avec votre téléphone / carte / ticket. Il s’est passé 7 minutes, exactement. Et si vous faites le même trajet demain, ou bien tout à l’heure, il en sera de même. A la seconde près.

Ce que je tente de montrer ici, c’est que tout au Japon est pensé intelligemment, tout est à sa place, rien ne fait perdre de temps. C’est cet ensemble de détails qui est efficace. Imaginez, il suffirait que la musique signalant le départ imminent du train soit diffusée pendant 2 secondes, et juste avant que les portes se referment. On n’aurait pas le temps de réfléchir, et, pressé et donc stressé, on courrait, on pousserait des gens, etc. Ah, oui, c’est le cas en France, autant pour moi. Le fait que cette musique dure un certain temps laisse le temps de réfléchir (« Suis-je assez proche du quai pour avoir le temps de monter dans ce train ? ») plus posément.

Le fait de pouvoir utiliser son téléphone comme carte de train évite de se déplacer avec cinquante objets dans ses poches, et donc de chercher la bonne carte. Pas d’hésitation, c’est le même objet qui sert à de nombreux usages. C’est comme si vous aviez une seule clé pour votre maison, votre voiture, votre antivol de vélo, pour entrer au bureau, pour retirer de l’argent, et pour vous connecter à votre boîte mail. Un ensemble de détails dans la vie de tous les jours qui rend cette vie bien plus confortable. Je sais déjà que l’organisation à la japonaise me manquera quand je reviendrai, et je sais pourquoi.